Le déclin-V

Notre-Dame de Stanbridge fin du 19ième siècle

Notre-Dame de Stanbridge fin du 19ième siècle. Nouvellement incorporée, notre municipalité comptait durant cette période, près de deux mille habitants. Les commerces nombreux faisaient tourner l’économie locale et la population pouvait espérer y vivre aisément. Prêtre, médecin, notaire, industriels, commerçants et artisans de toutes sortes ainsi que journaliers, y tiraient adéquatement leur épingle du jeu. Dans un vieux registre recensant les familles et les membres de la municipalité scolaire Notre-Dame des Anges de Stanbridge, pour l’année débutant le 7 septembre 1892 et finissant le 30 juin 1893, on dénombrait plus de 1467 personnes dont 229 garçons et 224 filles d’âge scolaire, et ce, pour les sept écoles représentant l’ensemble du périmètre scolaire. Dans ce registre, l’auteur du recensement, M. Joseph Courville, qui deviendra en 1913 le secrétaire de la municipalité, usa de précision tout au long de son inventaire. Chaque famille catholique y était répertorié ainsi que chaque enfant qu’il soit ou non d’âge scolaire. Le sexe, l’âge, et le numéro de l’école où la famille était rattachée était bien indiqué pour faciliter la compréhension. Seul, le nom de l’épouse faisait défaut puisqu’il la désignait simplement comme Mme « untel ». Quelque chose d’autre attira mon attention en feuilletant ce registre : plusieurs noms étaient suivis d’une croix faite au crayon de plomb et ces croix semblaient avoir été faite ultérieurement et hâtivement après le recensement. Me questionnant sur ce sujet, je me demandais pourquoi, un homme si impeccable dans son travail a-t-il fait des croix ici et là dans ce registre. De plus, en additionnant ces croix qui sont au nombre de 37, je me suis rendu compte que leur total avait été aussi compté par l’auteur; car dans une marge, les divers chiffres se rattachant à chaque écoles et totalisant 37, apparaissaient sans aucune autre identification…La croix ne signifierait elle pas un décès?… y aurait-il eu 37 morts cette année là dans notre municipalité? 37 personnes décédées sur 1467, ça fait 2.5% de la population; presque un mort par semaine…J’avais peine à y croire. Y aurait-il eu une épidémie? Une bonne recherche dans les archives, voilà ce qui viendrait à bout de ma curiosité. Aux registres de la paroisse Notre Dame des Anges de Stanbridge, j’ai pu constater que pour les années 1892 et 1893, il y a eu respectivement 38 et 37 décès et que si je comptais seulement ceux qui se rattachaient à l’année scolaire de septembre 1892 à juin 1893, j’arrive encore au chiffre de 37. Pour fin de statistique, sur ces 37 décès, 24 enfants de moins de dix ans forment la majorité de ces pertes contre 13 adultes pas toujours très vieux . Dans ces répertoires qui n’indiquent pas constamment la raison du décès, on voit des familles, à moitié décimé par la diphtérie et d’autres maladies contagieuses de l’époque, non identifiées. Du 1 janvier au 30 avril 1893, 22 personnes furent inhumées au cimetière catholique de notre paroisse. 14 étaient des enfants de moins de 2 ans. Durant cette période, Guillaume Des Rivières, figurait parmi les pertes ainsi que le Docteur Joseph Olivier Lambert, âgé seulement de 32 ans. Autre fait qui m’a sauté au visage… c’est que mon arrière-arrière grand-mère, Rosalie Gagné, épouse de Tobie Simard fut inhumée le premier janvier 1893 et que sa fille Caroline Simard épouse de Calixte Daigneault, décédait elle aussi à l’age de 39 ans, deux mois après avoir accouché de jumeaux, le 23 mars 1893. Les jumeaux ne vécurent que respectivement, 2 mois et 3 mois, probablement affaiblis par la maladie transmise par la mère.
Les registres de ces années ne comptent pas seulement les inhumations mais heureusement ils comptent des mariages et des baptêmes. Pour l’année 1892, il y eu plusieurs mariages ( je ne les ai pas compté) mais 70 baptêmes contrebalancent les pertes encourus par les nombreux décès. En 1900, voyant la tendance se maintenir, la paroisse se voit dans l’obligation d’ouvrir un nouveau cimetière pour de nouvelles inhumations, sur un terrain donné par la famille Dion, à l’extrémité Ouest du village, au coin du chemin Des Rivières et du chemin St François Xavier (Grande-Ligne). La population de Notre-Dame s’étant vue décroître depuis lors, les mariage, baptêmes et décès ont suivi la tendance. En 1899 l’usine de tissage ferme définitivement ses portes privant d’emploi une centaine de travailleurs qui doivent s’expatrier aux États Unis pour continuer à oeuvrer dans leur domaine. Plusieurs commerces ferment aussi leurs portes faute de clientèle. Le début du 20ième siècle d'autre part, fut marqué par les nombreuses découvertes en matière médicinal; des vaccins, des remèdes et des traitements feront en sorte que les gens vivront plus vieux et que les nourrissons seront plus immunisés contres les maladies contagieuses. Ginette Gendreault 1er mai 2009