Histoires au féminin

Par Mariette Simard


Ces inconnues qui ont construit notre histoire:
Lorsqu’il s’agit d’écrire sur les femmes du XVIIIe siècle de Montréal ou d’ailleurs, de celles qui ont bâties, organisées ou éduquées nos sociétés, il faut trouver les hommes qui ont permis de les connaitre; il est impossible par exemple de trouver le prénom de l’épouse de James McGill sans le nommer. Les femmes pionnières connues comme Jeanne Mance ou Marguerite Bourgeois demeurent celles qui tiennent le haut du pavé, leur histoire est à portée. Pour les autres, qu’elles soient autochtones, françaises ou anglaises, qu’elles soient italiennes, irlandaises ou écossaises il faut trouver les mots clés qui nous y mèneront et ce n’est toujours chose facile.
C’est pourtant ce que nous tenterons de faire afin de rendre hommage à celles que notre histoire a délibérément oubliée. L’IA nous aidera à offrir une synthèse de l’histoire de chacune de ces femmes qui ont, à une certaine époque, marqué l’imaginaire québécois et ouvert la voie à ce qui deviendra une société en pleine expansion : notre société actuelle.

FILLES DU ROI OU FILLES À MARIER

Avant l'arrivée de Jean Talon en 1663, la Nouvelle-France est sous-peuplée et le commerce de la fourrure, principal activité du pays, est désorganisé à cause de la destruction de la Huronie par les Iroquois entre 1648 et 1650.

Privée de ses alliés principaux, les Hurons, la *Compagnie des Cent-Associés néglige ses engagements de peuplement tout en accumulant ses déficits.
*(La Compagnie des Cent-Associés, ou Compagnie de la Nouvelle-France est une société créée en 1627 par le cardinal de Richelieu. En échange du monopole du commerce des fourrures. Les 100 actionnaires, dont Samuel de Champlain devaient financer l'établissement permanent de milliers de colons et évangéliser les Autochtones)

Les colons français réclament alors de plus en plus de secours militaires pour assujettir les Iroquois et pour ouvrir de nouvelles routes de la fourrure. C'est à ce moment que dans le but de réorganiser la colonisation en Nouvelle France, le jeune roi Louis XIV et son ministre des finances Jean Baptiste Colbert, y nomment un intendant en la personne de Jean Talon.

Talon, peu après sa nomination en tant qu’Intendant de la Nouvelle-France, ordonne un recensement qui enregistre 3,215 personnes réparties en 528 familles. On compte à cette époque une femme pour six hommes en âge de s'établir. À ses yeux, cette population est trop peu nombreuse pour la grandeur du territoire de la Nouvelle-France.

Pour suppléer aux demandes de la population en matière de sécurité, la France envoie un régiment de soldats, le * régiment de Carignan-Salière qui tentera la pacification des Iroquois.
*(Le régiment de Carignan-Salières est dépêché en Nouvelle-France en 1665. Louis XIV souhaite apporter une aide militaire à sa colonie afin de mettre un terme aux raids iroquois dans la vallée du Saint-Laurent, plus particulièrement ceux menés par les Agniers. C'est à cette fin qu'il envoie 1 300 soldats et officiers du régiment de Carignan-Salières, commandé par le lieutenant général Alexandre de Prouville de Tracy. Une fois démobilisés, plusieurs soldats du régiment décident de rester à demeure dans la colonie.)

À la demande de Jean Talon, entre 1663 et 1673, plus de 800 jeunes filles, la plupart orphelines et âgées de moins de 25 ans sont recrutées et effectuent la traversée vers la colonie aux frais du roi qui leur fournit aussi une dot pour favoriser leur mariage. Plusieurs de ces filles du roi épouseront des soldats du régiment de Carignan-Salières, incités eux aussi à se fixer au pays après la pacification des Iroquois, pour ainsi répondre aux besoins de peuplement de la colonie.
Filles du roi

«Même si les femmes commencent à immigrer vers 1630, l'appellation de "filles du roi" désigne seulement les 800 femmes débarquées en terre canadienne au cours des 11 premières années du régime monarchique. Pourvues d'un trousseau et dans certains cas d'une mince dot. La plupart d'entre elles trouvent rapidement un mari. Certaines étaient mendiantes ou orphelines à Paris, d'autres étaient recrutées à Rouen ou à La Rochelle. Les rapports administratifs laissent supposer que plusieurs de ces femmes, nées en milieu urbain, n'étaient pas préparées à la vie ardue des paysannes canadiennes.»
Encyclopédie du Canada, Tome 2, Stanké. p. 743

Les Filles du roi, tout comme les quelques unes qui les ont précédées, ont été des femmes très courageuses…
« Émigrer vers des colonies lointaines peu sûres et au climat difficile était une aventure à tenter pour des hommes, mais fort mal vu à l’époque pour des femmes.»
Dumas Sylvio : Les filles du roi en Nouvelle France, Québec, 1972


Ces jeunes femmes arrivées entre 1663 et 1673 avaient été sélectionnées une à une par les religieuses et elles étaient en bonne santé puisque vingt ans plus tard elles avaient fait tripler la population (même si certaines d'entre elles n'étaient pas faites pour la vie sur une ferme). La plupart de ces jeunes filles étaient originaires de Paris, les autres provenaient des provinces environnantes, dont la Normandie, la Bretagne, la Charente maritime et l’Île-de-France. Le recrutement se faisait principalement à La Salpetrière, qui hébergeait les femmes indigentes et les orphelines. La Salpêtrière était une dépendance de l’Hôpital Général de Paris. Dès 1668 des mesures sont prises pour réduire le risque de voir débarquer d'autres citadines peu préparées au travail de la terre. C'est alors qu'une femme de Québec, Anne Gasnier, est désignée pour se rendre en France pour participer au choix des recrues qui représentent le meilleur potentiel d'adaptation au contexte de la Nouvelle-France.

«Elles partent de leur pays, la France, pour ne plus revenir. Elles débarquent dans un pays jeune où tout est encore à faire, où tout reste à bâtir.»

À leur arrivée, les filles cherchaient des hommes qui avaient une maison ou une terre. De leur côté les colons essayaient de choisir une femme plus âgée et mieux portante pour le travail de la ferme. On les présentait les uns aux autres lors d'une soirée organisée. Venaient ensuite l'étape du notaire et enfin celle de l'église. Note : si elles avaient été prostituées, les Filles du roi n'auraient jamais pu avoir autant d'enfants.

La plupart de ces filles étaient des célibataires d'origines modestes. Bon nombre étaient issus de familles terriennes et plusieurs étaient orphelines. Parmi elles se sont glissées quelques veuves dont certaines avaient déjà donné naissance à un enfant. Il est difficile de savoir en quoi consistait leur éducation. La plupart ne savaient ni lire ni écrire, mais possédaient un solide enseignement religieux, connaissaient le tricot, la broderie et la dentelle. Une cinquantaine d'entre elles, « les demoiselles» celles que l'on destinait aux officiers du régiment où aux célibataires d'origine bourgeoise, savaient lire et écrire et possédaient certaines manières de l’élite féminine.

Entre leur arrivée à Québec et leur mariage, les Filles du roi étaient placées sous la protection de religieuses, de veuves ou de familles; logées et nourries soit à l’Hôpital Générale de Québec soit dans des familles.

Nos origines sont dues en grande partie à la venue de ces femmes en Nouvelle-France. La majorité des familles canadiennes-françaises proviennent des mariages de ces filles avec les colons. Même si leurs noms ne sont plus que souvenirs, nous portons fièrement en nous leurs gènes et leurs forces.

OEUVRES DE FEMMES

Textes tirés en grande partie du livre: Œuvres de Femmes (1860-1961), de Lucie Desrochers, diplômée en science politique de l’Université Laval


Lorsque nous mettons en lumière l’histoire de notre pays, nous pouvons retracer facilement le passé des hommes qui se sont échinés et battus pour faire de notre pays ce qu’il est aujourd’hui. Ils ont laissé leurs empreintes par l’architecture de leurs maisons , par la disposition de leur ville et village, et par la transformation de leur paysage.  Retracer l’histoire des femmes, c’est parler d’éducation, de mariage, de droit civil, de vie familiale, de travail au foyer, à l’usine, à l’école, à l’hôpital ou à la ferme; c'est parler de politique, de religion, de développement social et économique. C’est les suivre durant les périodes troublées comme durant les périodes plus calmes et plus prospères.

Mais l’histoire des femmes qui ont accompagné ces hommes reste souvent dans l’oubli. C’est un grand défi que de retracer le passé des femmes d’ici sauf certaines exceptions comme mère Marie de l’Incarnation, Jeanne Mance, Marie Rollet, Kateri Tékakwita et quelques autres qui se sont fait connaître plus récemment dans le domaine public, de la santé, de la religion et des divertissements.

Admettons qu’aujourd’hui, il est plus facile de constater qu’autant de femmes que d’hommes marquent leur époque. Il suffit de penser à Céline Dion et sa trajectoire fulgurante dans l’univers de la chanson et du show-business, Pauline Marois, la première femme première ministre du Québec, où encore Lise Payette la femme qui a implanté le régime d’assurance automobile au Québec ainsi que plusieurs autres sans vouloir faire une liste exhaustive.

Mais ce qui importe dans le cas de ces femmes qui ont construit notre pays c’est qu’elles étaient des femmes « ordinaires » et que chacune avait une histoire bien à elle. En élevant leurs enfants en leur donnant leurs valeurs et leurs principes, elles ont contribué au développement de notre coin de pays tout en s’occupant de « l’ordinaire » de leur tâche, en faisant petit à petit, évoluer leur situation au sein de leur communauté.

L’ORDINAIRE : Aujourd’hui, « l’ordinaire » est un peu différent de ce qu’il était autrefois. C’est le petit côté agréable de notre époque. Nul besoin de fabriquer, préparer, d’inventer à partir de rien ou presque et je me vois difficilement dans une autre époque en train d’éviscérer une volaille pour préparer un repas ou pire de tuer un animal de la ferme pour faire des provisions de protéines pour l’hiver… de sécher…de saler les viandes… en fait je n’y connais rien et je préfère faire mon marché à chaque fois que le besoin s’en fait sentir, même si le frigo peut conserver très longtemps la fraîcheur de l’aliment…

Mais toutes ces femmes, ces valeureuses descendantes des Filles du roi, et celles qui habitaient déjà la région n’avaient rien pour les aider à leur « ordinaire »…
Dès que les hommes leur assurent un toit, la famille s’installe dans ce pays neuf ou le travail de chacun est vital, quel que soit son sexe ou son âge. Arrivé sur place, tout est à faire. Les femmes comme les hommes, défrichent, brûlent, piochent, sèment d’abord entre les souches puis récoltent; en plus elles doivent nourrir, soigner, éduquer les enfants qu’elles ont eus à travers tout cela…leur présence au centre de la famille est pour le moins que l’on puisse dire, une question de survie.

FAIRE LE FEU…L’homme construisait la maison ainsi que le foyer. La femme devait s’occuper d’entretenir le feu pour chauffer la maison et cuire les aliments. Jusqu’à ce que l’homme invente « l’allumette » il fallait garder une chandelle ou une lampe allumée, ce qui était dangereux pour les incendies; sinon on utilisait une pierre pour faire le feu…ce n’était pas toujours instantané…

PUISER L’EAU…Avant l’avènement de l’eau courante, c’est la femme qui puise l’eau directement au puits. Cet endroit est aussi un endroit idéal pour conserver la fraîcheur des aliments.

PRÉPARER LES ALIMENTS… Avec un jardin d’herbes et de légumineuses, la maîtresse de maison pouvait facilement faire ses provisions pour l’hiver tout en utilisant le produit frais durant la belle saison. Les variétés se limitaient souvent aux choux, carottes, navets, panais, bettes, betteraves et pomme de terre, qui se conservaient naturellement dans la terre jusqu’au gel de novembre puis dans un carré de sable dans le caveau pour tout l’hiver. Les fines herbes séchées servaient pour assaisonner les aliments. Les petits fruits conservés en confitures ou gelées étaient délicieux tout au long de l’année à condition d’en avoir préparé suffisamment.

LE PAIN … Cet élément vital et indispensable est transformé par la ménagère pour l’ensemble de la famille. Inutile de dire que sa fournée doit être suffisante pour satisfaire les besoins hebdomadaires des bouches qu’elle a à nourrir. Cette tâche occupe une journée entière; pétrir, faire lever à la bonne température, mettre au four, surveiller et sortir le pain lorsqu’il est à point. « Au XVIIIe siècle un « habitant » mange deux à trois livres de pain par jour en plus de la viande et des légumes. » En hiver la cuisson se fait à l’intérieur, l’été on utilise le four extérieur.

LE BEURRE… Avant l’industrialisation de l’agriculture, la fermière coule le lait, l’écrème et prépare le beurre. Elle laisse reposer le lait dans des terrines évasées afin que la crème remonte plus facilement à la surface. Le lendemain, sans tarder, elle retire la crème et la dépose dans la baratte pour faire le beurre en la battant.

FAIRE BOUCHERIE… À l’automne il faut se préparer des réserves de viande pour traverser la saison hivernale. C’est une affaire de famille que de faire boucherie c’est-à-dire de tuer les animaux engraissés pour l’occasion. Un veau, un porc, un bœuf et des poulets prennent souvent le chemin de l’abattoir avant de prendre place dans le garde mangé ; soit dans un baril de saumure, soit dans un fumoir. Je vous fais grâce de toutes les étapes de cette activité nécessaire et vitale, mais pour conclure, rien ne se perdait et la transformation de la viande revenait souvent à la femme qui fabriquait le boudin, les saucisses, les cretons, la tête fromagée, les pâtés, les ragoûts, etc. enfin tout ce qui pouvait se conserver au frais sous la maison ou dans un caveau à légumes.

NETTOYER LA MAISON ET FAIRE LA LESSIVE…préparer le savon pour récurer les planchers, pour la lessive et pour les soins personnels faisait aussi partie des tâches coutumières. Le gras des animaux, conservés lors de l’abattage, était utilisé pour fabriquer le savon « du pays » qui servait à toutes les activités ménagères.

Tisser des pièces de tissus, coudre les vêtements et confectionner des couvertures, filer la laine et tricoter des lainages pour se préserver de la froidure de l’hiver, tresser des tapis, confectionner des courtes pointes, tous ces travaux légers étaient réservés à la ménagère.

ACCOUCHER…UNE AFFAIRE DE FEMME : « La grossesse se vit dans la discrétion et on n’en parle surtout pas devant les enfants. Lorsque vient le moment de l’accouchement, on envoie les enfants chez le voisin. Au retour ils découvrent une petite sœur ou un petit frère. Pour cette occasion, on va parfois chercher le médecin, mais le plus souvent c’est la sage-femme, dépositaire d’un savoir propre aux femmes qui assiste la mère. »

Au fil des ans la femme a pris sa place dans la communauté, bien qu’implicitement elle en était le personnage principal. Dans sa quête d’autonomie et d’égalité,
elle réussit quand même à affecter l’histoire générale de notre pays tout en demeurant discrète et rationnelle dans ses positions.



Marie Charlotte Guillimin (1747-1818)


Marie-Charlotte Guillimin, est plutôt reconnue par son mariage avec le sieur James McGill, fondateur de la célèbre université et l’un des premiers concessionnaires du township de Stanbridge.
Mais son histoire est tout autant captivante que celle de son célèbre époux, puisqu’ elle était la fille du premier avocat canadien-français de Québec, Guillaume Guillimin, membre du conseil souverain de la Nouvelle-France.


Éduquée chez les Ursulines de Québec, elle reçut une solide formation, plutôt rare à cette époque pour la gent féminine. C’est à seize ans qu’elle épouse Joseph Amable Trottier DesRivières, à qui elle donna deux fils : François Amable et Thomas Hippolyte. Devenue veuve en 1771, elle épousera James McGill en 1776 qui adoptera pleinement son rôle de beau-père, léguant à ses deux héritiers par adoption, les terres du canton de Stanbridge.


Voilà les grandes lignes de la vie de cette pionnière. Mais qui était vraiment Marie Charlotte Guillimin?


Marie Charlotte épouse Joseph Amable DesRivières alors qu’elle n’a que seize ans. L’époux est âgé de trente ans. C’est monnaie courante à cette époque et les jeunes filles sont toujours très fébriles et sans doute heureuses de faire un beau mariage.


C’est le cas pour Marie Charlotte puisque son père n’a plus de fortune alors que DesRivières est un marchand prospère. Au décès de celui-ci en 1771, elle collabore activement aux affaires familiales prouvant ses aptitudes pour le commerce. Cinq ans plus tard, en 1776, elle épouse l’homme d’affaires écossais James McGill.


Le riche héritage apporté par Marie Charlotte, en bonne partie générée par son premier mariage, devient l’une des pierres angulaires de la fortune de McGill qu’il lèguera en partie pour la fondation d’une université qui portera son nom.


Décédée en 1818, elle est aujourd’hui reconnue pour sa grande contribution à la croissance économique de Montréal à une époque où le rôle des femmes était traditionnellement limité à la sphère domestique.


Le parcours de Marie Charlotte révèle une femme dont le mode de vie contrastait fortement avec le rôle traditionnel de simple épouse et mère de son époque. Elle incarne la transition historique de la colonie. Son foyer sur la rue Notre-Dame illustre la fusion des élites francophones et de la nouvelle classe marchande anglophone après la conquête britannique. Son indépendance juridique nous permet de constater qu’à l’analyse de ses deux contrats de mariage et de divers documents légaux, Marie Charlotte disposait d’un statut et d’une autonomie financière hors du commun pour les femmes mariées de son siècle.


La vie quotidienne de Marie Charlotte Guillimin à la fin du XVIIIe siècle reflète les habitudes de la très haute bourgeoisie marchande au cœur du vieux Montréal. Entre vie urbaine, gestion domestique complexe et villégiature, ses journées s’organisaient autour de plusieurs aspects précis.

La vie dans sa résidence de la rue Notre-Dame (emplacement actuel du palais de justice) démontre que cette maison est très animée. Marie Charlotte la dirige harmonieusement. Elle y vit avec son époux McGill, les deux fils issus de son premier mariage (François Amable et Thomas Hippolyte) ainsi que l’associé de son mari, Isaac Todd. Le quotidien est rythmé par les affaires. En tant que maitresse de maison, elle supervise l’entretien d’une propriété d’élite. Cela implique de voir à l’approvisionnement de la cuisine et à la gestion constante de nombreux invités.

Les archives révèlent la possession d’au moins cinq esclaves noirs et autochtones (dont un homme noir nommé Jack). Ces esclaves effectuaient les tâches domestiques. D’ailleurs, la dot de Marie Charlotte au moment de son mariage avec McGill se composait de divers meubles et objets personnels ainsi que d’une petite « négresse » (écrit tel quel dans l’acte notarié) âgée de quatre ou cinq ans. Il est impossible de connaitre les détails entourant la situation des esclaves au sein de la famille sauf pour le serviteur Jack qui fut considéré jusqu’à sa mort comme un membre de la famille. À cette époque il est courant d’être propriétaire d’esclaves dans la haute société, ce qui n’en diminue aucunement le côté aversif.


Parlant couramment le français et l’anglais, elle est l’une des hôtesses qui rassemblent les personnages les plus influents de l’époque, notamment les riches marchands écossais du prestigieux Beaver Club dont son époux est l’un des membres fondateurs.


Si l’on se fie aux quelques thèses universitaires qui illustrent son parcours, on peut concevoir que Marie Charlotte Guillimin possédait la force de caractère nécessaire à circuler avec aisance au sein de milieux autant féminins que masculins. Elle a réussi à élever sa famille en respectant les usages de son époque, certes, mais également en leur insufflant le goût de l’entrepreneuriat dont elle était, sans aucun doute, devenue maitresse incontestée.