DesRivières

Le hameau DesRivières

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    L’appellation « DesRivières » est reliée à notre région par des noms de plusieurs familles prospères et fortunées du Québec, telles les McGill, McCord, Taschereau, Papineau…. Mais pour les gens de la région, DesRivières c’est cet imposant manoir situé sur le chemin entre Pike-River et Notre-Dame-de¬-Stanbridge, juste au sud du pont couvert qui enjambe la rivière aux Brochets, par le rang Saint-Charles, là où l’on peut encore voir quelques bâtiments construits au XIXe siècle par cette famille francophone issue des milieux fortunés du Bas-Canada. Le pont couvert, le vieux moulin à farine, la petite école du rang racontent la belle époque de ce manoir  sur le chemin DesRivières appelé « Malmaison »

La petite histoire de DesRivières

    La contrée située au sud du Saint-Laurent, appelée plus tard les Cantons de l’Est, formait en 1791 une des plus riches portions du domaine encore inculte de la couronne. Elle était alors renfermée dans les comtés de Richelieu, Stanbridge, Bedford et Buckinghamshire. Elle comprend maintenant les comtés de Missisquoi, Brome, Shefford, Stanstead, Sherbrooke, Richmond et Compton.

    Au lendemain de la guerre d’Indépendance (1775-1782) le gouverneur Haldiman refusa d’accorder des terres aux loyalistes. ( Sujets américains restés fidèles à la Couronne britannique après la guerre d’Indépendance américaine.) En 1800, un loyaliste du nom de Hugh Finlay (et ses 39 associés,) reçu de la Couronne britannique, 31000 acres de terre qui représentaient tout le canton de Stanbridge moins la réserve légale pour le soutien du clergé et un lot par sept que la couronne se réservait.

    En 1801, Hugh Finlay lourdement endetté, après avoir reçu ses lettres de propriété, vend celles-ci à James McGill, un des plus importants commerçants de fourrures de descendance écossaise, très bien connu à Montréal.

    McGill avait épousé le 2 décembre 1776, Marie Charlotte Guillemin, veuve d’un de ses associés dans le commerce de la fourrure autre, Joseph Amable Trottier dit DesRivières,. Cette dame avait deux fils de son premier mariage; François-Amable et François-Hyppolithe.

    A la mort de McGill en 1813, le territoire de Stanbridge fut légué à François-Amable DesRivières. En 1830, François-Amable décède et lègue ses biens à ses deux fils François-Guillaume et Henri, qui deviendront les premiers DesRivières à venir s’établir dans le township.

    En 1841, sur un terrain près de la rivière aux Brochets, aux confins ouest de leur territoire, ils se construisent une grande maison qu’ils baptisent «Malmaison» à cause de la ressemblance avec la résidence que l’empereur Napoléon avait offert en cadeau de noces à «sa douce» Joséphine. C’est dorénavant sous le nom de Malmaison que la cartographie identifiera cette petite agglomération.

    En 1842, sur la rivière qui s’écoule sur leur domaine, ils érigent un barrage, qui crée un réservoir d’eau servant à activer le moulin à scie construit sur la rive ouest et le moulin à farine sur la rive opposée. Un pont sur la rivière devient nécessaire et en 1843 la construction du pont couvert est achevée, ce qui permet aux fermiers de toutes les régions de transporter leurs récoltes au moulin à farine.

    Le 22 août 1845, François et Henri avec l’aide des catholiques de la région obtiennent la permission de l’évêque Mgr Bourget, d’ériger canoniquement une paroisse. La même année ils procèdent à la construction de la chapelle de Notre-Dame-des-Anges qui devient une desserte de la paroisse Saint-Georges d’Henryville. C’est l’abbé Leclaire, curé de Henryville qui célébrera les services religieux et qui sera logé au manoir par la famille DesRivières lors de ses passages à

Malmaison et la paroisse NDA ( Notre-Dame-des-Anges)

LES DESRIVIÈRES, MALMAISON ET LA PAROISSE NOTRE-DAME-DES-ANGES

    Les fils DesRivières sont à l’origine du développement du territoire de Stanbridge, hérité de JamesMcGill. Sur la partie ouest de ces terres, ils bâtirent leur Manoir qu’ils nommèrent « Malmaison », et érigèrent un premier moulin à scie. Ils construisirent le premier pont sur la rivière aux Brochets pour que les fermiers de toute la région puissent apporter leurs récoltes à leur moulin à farine mis fonctions en 1843 de l’autre côté de la rivière. La consécration de la chapelle, la construction de la gare et du bureau de poste apporta aussi la prospérité à ce lieu où ils purent mener une vie grandiose.

    Lors de la fondation de la paroisse Notre-Dame-des-Anges en 1845, la famille DesRivières avait pris entente avec l’évêché pour administrer la paroisse et héberger le prêtre missionnaire s’attribuant ainsi l’autorité sur la gestion de l’église et de la paroisse. Certaines faveurs furent alors obtenues auprès du prélat du diocèse : dont le droit, aux deux premiers bancs doubles de l’église, le droit d’inhumer dans le caveau de l’église toutes les dépouilles des membres de leur famille et qu’une messe de libérât soit chantée à tous les mois de novembre pour le repos de leurs âmes. Avec la construction de la nouvelle église au village de Saint-Charles et la constitution d’un conseil de fabrique, il était clair que la famille DesRivières craignait de perdre  ses droits.

    Au décès de Marie Angélique DesRivières, le 5 juillet 1875, la famille qui appréhendait la décision du déménagement, organisa avec les résidents du coin une opposition qui fut tout de même cause perdue.


    Ce conflit entre les conservateurs pour garder la chapelle et les novateurs du village de Saint-Charles désirant une nouvelle église, dura plusieurs années et créa beaucoup de mécontentements au sein de la communauté. C’est le curé Balthazar qui, en 1893, mit fin aux troubles engendrés par ce déménagement.

    Les novateurs étaient ces paroissiens qui voulaient déménager l’église pour la centraliser et l’amener à Saint-Charles de Stanbridge. Leur leader était le sieur Joseph Couture propriétaire foncier important de l’endroit. Les conservateurs étaient ceux qui voulaient conserver l’église sur le chemin DesRivières près de Malmaison. Ils étaient pour la plupart originaires de la partie ouest de notre municipalité communément appelée le « Macy Ridge ».

    Madame DesRivières, (Marie Angélique Hay) priten 1871, prit officiellement des arrangements avec l'évêché, alors qu’elle léguait à la corporation épiscopale catholique romaine du diocèse de Saint-Hyacinthe, la chapelle, la sacristie, les remises et hangars, l’orgue, les ornements, les vêtements et les vases sacrés. Les documents notariés enregistrés en1871, tenaient compte du fait que le prêtre en charge de la paroisse, l’abbé Bénoni Joseph Leclaire, résidait  au manoir «Malmaison » depuis les débuts de la paroisse Notre-Dame-des-Anges. Marie Angélique DesRivière décéda le 5 juillet 1875.

    En 1877, la corporation épiscopale rétrocédait ce legs à la paroisse Notre-Dame-des-Anges et remettait à la Famille DesRivières un montant de $1000$ pour compenser leurs actions passées et pour que la paroisse puisse conserver ses droits de propriété sur le cimetière et le terrain de l'église.



    Un décret autorise la construction de la nouvelle église au village de Saint-Charles.

    Le 10 octobre 1886, dans une requête adressée à l’évêque de Saint-Hyacinthe, la famille DesRivières formulait officiellement la demande de faire transporter dans le caveau de la nouvelle église les sépultures de leurs parents-défunts, inhumés dans l’ancienne chapelle de Malmaison. Monseigneur Louis-Z. Moreau accorda cette autorisation après avoir pris connaissance de cette demande.

    Les défunts exhumés de l’ancienne chapelle qui reposent dorénavant sous la nef de la nouvelle église sont : Mme Angélique Bouchette, mère de Marie Angélique DesRivières, décédée à 80 ans le 18 mars 1856; Sieur Francis William DesRivières, inhumé le 2 mars 1861; mademoiselle Marie Louise Henriette DesRivières, décédée à 5 mois et inhumée le 10 juillet 1860. Elle était l’enfant de James Frobisher McGill DesRivières; Sieur Henri DesRivières, inhumé le 15 novembre 1865, époux de Marie Angélique Hay. Il avait 60 ans; M. James Frobisher Mc Gill DesRivières (Shérif à Saint-Jean) décédé à l’âge de 38 ans, inhumé le 8 mars 1871 et Dame Marie Angélique Hay DesRivières inhumée le 8 juillet 1875.
    Lors du décès en 1893 de François Guillaume (Willy) sa dépouille rejoignit celles des autres défunts de sa famille dans le caveau de la nouvelle église.

    Vers 1915, la bâtisse qui servit d’église (chapelle) à Malmaison, pendant plus de trente ans fut démolie, les bancs furent donnés à la paroisse Sainte-Anne de Sabrevois pour meubler leur nouvelle église. Le terrain de l’ancienne chapelle fut alors marqué par une croix, rappelant au passage la première paroisse catholique, établie dans le township de Stanbridge par la famille DesRivières héritière du sieur James McGill.

   Les héritiers DesRivières:


    François Guillaume (Willy) DesRivières fils d’Henri et de Marie Angélique s’unit à Eugénie Taschereau en 1876. Elle était la sœur d’Alexandre Taschereau qui fut premier ministre du Québec de 1920 à 1936. 5 enfants originent de cette union. Willy, handicapé à la suite d’un accident de cheval, négligea tellement son domaine qu’à sa mort en février 1893, sa veuve dut vendre et retourner vivre à Québec auprès de sa famille pour y élever ses 5 enfants. C’est à son gérant John Hanigan, qu’elle céda les 28 acres et les bâtiments qui restaient du domaine.

    En 1877, Marie Caroline DesRivières (Caro) épousait le juge Thomas McCord, lors d’une superbe cérémonie dans la petite chapelle de Malmaison. Ce  mariage fut l'un des derniers célébré dans la chapelle DesRivières.  Une enfant (Gertrude) naquit de ce mariage. McCord en était à sa troisième union. Thomas McCord  avait déjà des enfants de ses précédents mariages.

Tiré du journal de Marie Angélique DesRivières

Toutes les informations qui suivent sont issues des “notes personnelles ” ou des agendas de Mme Marie Angélique Birranger Hay DesRivieres écrits entre les années 1843 et 1871.

Situation du personnage: Marie Angélique était l’épouse du sieur Henri DesRivieres propriétaire avec son frère Francis William de plusieurs lots du canton de Stanbridge hérité de la succession James McGill. Sur un de ces terrains, ils établirent leur chef-lieu qu’ils nommèrent « Malmaison ».

Native de Montréal d’une famille bourgeoise catholique très respectée, Marie Angélique épouse en 1832 un des héritiers du clan McGill, Henri DesRivieres. Avec la famille DesRivieres, elle viendra vivre dans le canton de Stanbridge où elle changera complètement l’orientation religieuse de cette partie des Cantons de l’Est.


La première visite de Marie Angélique à la Malmaison se situe le 22 juillet 1840. Un peu avant cette époque, le chemin pour venir dans le canton était limité à la route appelée “la Barrière de Bedford” et quelques autres chemins longeant les rivières et le lac Champlain. Le chemin de la Grande Ligne n’étant pas encore complété. Elle fait le voyage en compagnie de son cousin le sieur James McGill DesRivieres et de la famille de celui-ci. Elle est alors enceinte de 4 mois ( François Guillaume naîtra le 4 décembre suivant.) Henri, son époux, viendra en Stanbridge après elle, soit le 3 janvier 1841.

Avant le tracé du chemin Grande Ligne, le voyage était une suite de péripéties qui s’échelonnait sur quelques jours. Partant de Montréal, il fallait prendre le traversier pour atteindre la rive sud soit à Longueuil où à Laprairie. Puis pour se rendre à Fort St-Jean ( Dorchester) il y avait à cette époque deux choix; le train entre Laprairie et Saint-Jean ou la diligence Montréal-Boston jusqu’à Christieville (Iberville) et de la prendre la diligence pour traverser la seigneurie de sabrevois, Bleury et de Noyan, pour atteindre la rivière aux Brochets aux “Lower Falls” (Pike River).
On ne pouvait donc pas voyager léger puisque le trajet devait s’effectuer en plusieurs jours. De plus, souvent, il fallait deux voitures pour apporter les bagages.

Les régions avoisinantes des Seigneuries de St-Armand, de Sabrevois, de Bleury et de Noyan étaient déjà habitées par des spéculateurs et des colons de diverses confessions. Le territoire était déjà agrémenté de petites églises témoignant de la nature des religions anglicanes, presbytériennes, westleennes, etc. qui étaient des lieux de rencontre lors de la venue du missionnaire en provenance du diocèse de Montréal.

En 1840, le manoir Malmaison n’est pas terminé. Francis ( François Guillaume) le frère aîné de Henri, avocat de formation, avait Construis vers 1833 sur ce territoire une simple bâtisse d’un étage pour y établir un gérant qui s’occuperait de l’arpentage et la gestion des terres de Stanbridge.

Lors de la visite de Marie Angélique et James à l’été 1840, le constat fut fait pour
l’agrandissement et le rehaussement d’un étage ainsi que de l’ajout des deux ailes à la modeste maison construite par Francis, quelques années plus tôt. La famille pourrait alors venir vivre dans leur nouvel environnement.

Été 1842, une requête est envoyée à Mgr Bourget, évêque de Montréal, pour établir une paroisse catholique sur le territoire de Stanbridge et plus précisément près du manoir des frères DesRivieres.

À cet occasion, les missionnaires ainsi que l’évêque catholique de Montréal, viennent passer quelques jours à la Malmaison pour constater les besoins et l’imminence d’apporter le secours religieux à ce territoire encore vierge.


C’est à l’été 1843 que les DesRivieres emménagent à la Malmaison. Marie Caroline, née le 14 février 1842, a un peu plus d’un an tandis que Willy va atteindre ses trois ans à l’automne. Angélique est enceinte d’un garçon qui naîtra le 27 octobre 1843 à la Malmaison. Suite à la naissance de ce garçon baptisé Henri Eugène, les missionnaires sont venus à la Malmaison et y sont demeurés quelques jours. Comme les registres de Notre-Dame-des-Anges n’existaient pas encore, l’enfant a été baptisé à Saint-Georges d’Henryville

et est décédé au printemps suivant. Les missionnaires sont revenus à la Malmaison, sans doute pour célébrer ses funérailles. l’inhumation doit avoir eu lieu autrement à Henryville.

Automne 1843, le moulin à scie et le barrage sont en opération. La construction du pont et du moulin à farine sur la rive opposée au moulin à scie est presque complétée. C’est à l’été 1844 que la peinture du moulin à farine sera terminée et que les opérations débuteront.

En 1844, les négociations pour l’érection de la paroisse vont bon train, et la décision d’ériger une chapelle est prise, ainsi que, pour l’endroit de sa construction. Un cimetière voisinera ce lieu. Pour le moment il n’y a pas d’intention de construire un presbytère, le missionnaire demeurera au manoir.