Coté religieux
LA TRADITION DES CROIX DE CHEMIN
Issues d’une vieille tradition des pays chrétiens, les croix de chemin sont le reflet d’une pratique religieuse populaire ainsi qu’un élément important de notre patrimoine collectif. Les croix symbolisant la crucifixion et les calvaires (souvent dans les cimetières) représentant une scène de la passion.
Au Québec, rares sont les routes qui ne possèdent pas leur croix. C’est souvent au pied de cette croix de rang qu’était récité le chapelet pendant le mois de Marie (mai) ou durant le mois du Sacré-Cœur (juin). Plantées à la croisée de deux rangs de campagne où dressées fièrement sur une butte rappelant le Golgotha, ces crucifix grandeur nature sont le symbole d’un passé mystique. Encore aujourd’hui, on en retrouve entre 2500 et 3000 à travers tout le Québec.
Leurs origines remontent au Moyen Âge vers le 11e siècle et la multiplication de ces objets de piété atteint son apogée aux 16e et 17e siècles, particulièrement en Bretagne. Cela explique que cette tradition s’implante en Nouvelle-France dès la découverte du Canada par Jacques Cartier en 1534. Celui-ci Breton d’origine plante plusieurs croix signifiant la prise de possession du territoire par le Roi de France.
12 juin 1534… première croix
On pense parfois que la croix dressée au bout de la péninsule Gaspésienne le 24 juillet 1534 fut la première… erreur…c’est le 12 juin 1534 que Cartier planta la première croix en sol canadien. Les croix d’ailleurs servaient souvent de balises pour repérer le territoire où les lieux jugés importants. Parti de Saint-Malo le 20 avril, Cartier atteint Terre-Neuve le 10 mai. Les glaces le retardent. Le 17, il arrive au détroit de Belle Isle puis il reconnaît Blanc-Sablon. Le 10 juin il entre dans un havre où il demeurera quelques jours pour entendre la première messe dite au Canada. C’est le 12 juin qu’il atteint une première baie qu’il nomme Saint Antoine et une autre qu’il nomme Saint-Servant ( près du Labrador). Il y dresse une croix, la première qui soit mentionnée dans nos annales. Sans doute s’agit-il d’un jalon. La deuxième est celle qu’il élèvera sur le promontoire de Gaspé, en signe de prise de possession du territoire au nom du roi de France.
Rentré à Saint-Malo pour en revenir l’année suivante, Cartier remonte cette fois le grand fleuve et élève des croix sur son parcours, particulièrement entre Québec et Trois-Rivières.
Mais c’est le 3 mai 1536, après un hiver très rude ou plusieurs de ses compagnons trouvèrent la mort à cause du scorbut, qu’il érige une croix à Québec au confluent de la rivière Saint-Charles et du fleuve Saint-Laurent.
Calvaires et Croix de chemin :
C’est avec la construction du Chemin du Roy vers 1737 (route 138), que surgirent les premières croix de chemin. Certains disaient que ces croix marquaient les limites des paroisses, mais un problème se posait…il y avait plus de croix que de frontières.
L’histoire de ces croix et de ces calvaires varie d’une paroisse à l’autre. À l’ile aux Coudres, à l’ile d’Orléans, sur la Côte-du-Sud et le long de la Côte-de-Beaupré, les chapelles de procession s’ajoutent aux croix. Dans certaines paroisses, c’est l’éloignement de l’église qui explique souvent l’érection de ces croix qui deviennent un modeste lieu de prières où les habitants du rang se rassemblent pour dire le chapelet, pour prier pour l’obtention de bonne récolte, pour combattre les sauterelles et la sécheresse, pour le repos de l’âme des voisins passés à trépas, et ce tout au long du calendrier liturgique.. Presque dans chaque rang on retrouve une croix élevée par les gens, qui eux-mêmes s’occupent religieusement de son entretien. Souvent, les catholiques francophones, en position de faiblesse, ont multiplié ces crucifix, permettant ainsi de légitimer et d’affirmer leur foi. Leur identification religieuse s’est ainsi imprégnée dans le paysage québécois laissant cette forme d’art définir une tradition bien chrétienne. La croix, simple grandeur nature constitue l’expression la plus rudimentaire de cette forme d’art. Dans certaines régions comme la Gaspésie et la côte Nord, on retrouve souvent un autre genre de croix comportant des éléments décoratifs à ses extrémités et montrant à sa croisée, un cœur, un motif floral où une auréole. (Tous ces éléments symbolisant le Christ) Dans notre région et principalement dans les régions de Montréal et Québec, on peut reconnaître d’autres croix, plus sophistiquées, décorées le long de ses traverses, aux instruments de la passion qui procurent à l’ensemble un aspect plus dramatique. (Lance, éponge, marteau, clous, couronne d’épines, main fantomatique, échelle, etc.) Une niche garnie d’une Vierge où d’une représentation de la Descente de la Croix occupe la partie médiane de la hampe dans plus de 40% des cas. À l’occasion on retrouve sur la croix un coq, ou une girouette représentant le reniement de Pierre : « Je te le dis en vérité, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ».
Au 18e siècle, un bon catholique qui passait devant ce symbole de foi chrétienne s’y arrêtait pour y faire une longue prière. Avec les années, les prières des passants se limitèrent à la salutation de rigueur de la croix qui était : « Salue ô Croix, notre unique espérance ». Cette salutation méritait 500 jours d’indulgence au pratiquant; ceci est officiellement décrété par le pape Pie XI.
Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, dans mon enfance, lorsque nous passions devant ces croix en voiture avec mes parents, mon père faisait un signe de croix en nous invitant à pratiquer cette coutume. Tout au long de son existence, la croix de chemin était en quelque sorte le pôle d’attraction de la foi populaire. D’abord, dans certaines circonstances, la croix remplaçait l’église, entre autres pour les fidèles qui demeuraient loin du temple paroissial.
Autrefois, la croix de chemin se trouvant à proximité d’une école de rang, c’est l’institutrice qui se prêtait à l’organisation de la cérémonie du mois de Marie. De plus pour bien des garçons, assister à ces petits rassemblements devenait une bonne raison et une occasion pour rencontrer les filles des environs tout en démontrant une certaine ferveur!!
HISTOIRE D'UNE CROIX DE CHEMIN
Chaque village des environs possède ses croix de chemin où son calvaire de cimetière. Chez nous, à Notre-Dame-de-Stanbridge, au début de l’été 2005, (12 juin) plusieurs personnes se sont réunies pour assister à la bénédiction de la croix du chemin Saint-Joseph et du rang Saint-Charles, restaurée pour l’occasion. Chaque croix de chaque village à son histoire ou sa raison d’être. Chaque histoire est propre aux gens qui les ont érigés ou entretenue, elles sont un bien précieux pour la collectivité et leurs histoires doivent être racontées pour la postérité.
La croix du rang Saint-Charles et St-Joseph (autrefois le Macy Ridge) possède une histoire qui mérite d’être répétée…
La première croix de ce carrefour fut érigée par Moïse Dussault, qui habitat l’endroit en 1882. Ce dernier, décide d’ériger cette croix à la croisée des chemins, sans doute pour se rapprocher de son lieu de culte, étant donné que la petite chapelle de Malmaison (Des Rivières), fermée en 1877 et remplacée par un temple plus grand pouvant accueillir plus de fidèles, se trouve beaucoup plus loin de sa demeure… Fait à noter, l’ancêtre de Moïse Dussault, le premier à habiter « le rang des Dussault » de St-Alexandre, fut le premier à ériger une croix dans sa région. Probablement à l’exemple de son père, Moïse, réitérera la coutume de la croix de chemin sur sa propre terre de Notre-Dame-de-Stanbridge.
Pendant plus de quarante ans, cette croix fera partie du paysage de la petite ferme au coin du rang St-Joseph (Ch. Macy Ridge à l’époque) et du rang Saint-Charles. Plus près de la maison que l’actuelle, elle fut construite et entretenue par Moïse Dussault et décorée comme celle du rang des Dussault aux instruments de la Passion. Le fils de Moïse, Aldéï Dussault, occupa, depuis 1912, cette terre et y éleva sa famille. En 1922, après avoir vu naître trois fils, Mme Dussault qui souhaitait une fille fit promettre à son époux que si une fille naissait de sa prochaine grossesse, il devra ériger une nouvelle croix, cette fois directement à la croisée des chemins. En 1923 naît la petite fille désirée (Flore Dussault) qui deviendra religieuse de la Congrégation Notre-Dame. Et c’est ainsi que la croix de chemin s’est intégrée au paysage et aux coutumes de la vie familiale et paroissiale.
Les Dussault se sont toujours portés garants de cette croix; après Aldéï, ce fut au tour de l’aîné de la famille; Gérald, de l’entretenir de 1941 jusqu’à son départ de la ferme en 1988.
Même s’ils ne sont plus présents sur la ferme, la croix des chemins St-Joseph et Saint-Charles rappellera les familles Dussault qui ont vécu à la croisée de ces routes et qui par leur piété et leur pratique religieuse ont laissé ce symbole sacré depuis plus de 100 ans décorer joliment notre petit environnement Stanbridgeois.
HISTOIRE DE LA CROIX DE DESRIVIÈRES
Partant du village de Notre-Dame-de-Stanbridge, direction Pike-River par le chemin DesRivières, un peu avant le pont couvert, vous pouvez voir sur votre droite, une croix de bois originalement installée le 30 aout 1931, sur laquelle vous découvrirez sur sa partie basse, cette inscription : 1847-1877, suivi d’une croix latine avec l’inscription : R.I.P. Cette croix indique l’emplacement de la première église Notre-Dame-des-Anges (1845 à 1877).
Elle demeure le symbole de l’érection canonique de la toute première paroisse catholique, établie lors du développement de la région par la famille DesRivières.
Le 18 août 1842, une requête fut adressée à Mgr. Ignace Bourget, évêque de Montréal, pour l’érection d’une paroisse catholique dans le « Township » de Stanbridge. Cette demande provenait principalement de la famille DesRivières, de souche canadienne-française et catholique, initiatrice de la première paroisse catholique du « Township » de Stanbridge.
A la fin de l’année 1845, Monseigneur Bourget acceptait la requête des habitants de Malmaison et désignait comme titulaire de la nouvelle paroisse catholique qu’il venait de fonder : Notre-Dame-des-Anges. Le 25 décembre 1845, l’abbé Benoni Joseph Leclaire, premier curé missionnaire, célébrait la première messe dans sa nouvelle église.
Comme cette paroisse catholique était la seule du « Township », toutes les personnes de cette confession venaient y faire leurs devoirs religieux. Elle couvrait tous les catholiques qui avaient besoin « de secours religieux », tant de Highgate Center aux États-Unis que de Dunham à l’autre bout du canton.
En 1851, le recensement de catholiques couvert par cette paroisse, dont l’abbé Leclaire était le pasteur, dénombrait plus de 950 personnes. Notre-Dame-des-Anges était à cette époque, considérée comme l’une des plus importantes paroisses de campagne du diocèse de Montréal.
En 1852, le diocèse de Saint-Hyacinthe fut formé et le nouvel évêque Mgr. Prince envisagea d’établir de nouvelles paroisses catholiques dans le secteur auquel Notre-Dame-des-Anges avait été assigné.
En 1866, la paroisse Saint-Damien de Bedford se détacha de la paroisse mère et quelques années plus tard ce fut, Sainte-Sabine, Saint-Ignace, Saint-Pierre de Vérone à Pike River.
En 1875 suite à une requête des habitants de la région à Mgr Charles Larocque, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, une décision fut prise pour construire une nouvelle église, à un endroit qui pouvait accueillir et accommoder plus de paroissiens. .Un grand terrain fut alors donné à la paroisse par la veuve du Sieur Louis-Charles Gauvin, un éminent propriétaire foncier de l’endroit.
Ce terrain se situait sur le lot 19 du 9e rang du « Township », lieu appelé à l’époque, Saint-Charles de Stanbridge. Suite au décret daté du 2 août 1878, Mgr. Louis Zéphyrin Moreau ordonna la construction de la nouvelle église et l’abandon de l’ancienne située sur le chemin DesRivières.
Suite à une résolution du Conseil de fabrique, sous l’administration du curé, J.A. Laurence, passée le 20 octobre 1906, la décision est prise de « symboliser par une croix, (grandeur nature) l’ancien site de l’église de Malmaison et de son cimetière ».
Ce n’est que plusieurs années plus tard, soit le 30 août 1931, que le conseil de fabrique sous la direction du Curé J.C. Charbonneau, passa à l’action. Depuis cette date, nous pouvons saluer cette croix, sur le chemin DesRivières près du lieu-dit : Malmaison et de son Pont couvert.
Une inscription en latin, s'y retrouve: « O Crux Ave » et « Spes Unica » signifiant : « Salut O Croix; Notre Unique Espoir »
Issues d’une vieille tradition des pays chrétiens, les croix de chemin sont le reflet d’une pratique religieuse populaire ainsi qu’un élément important de notre patrimoine collectif.
En 1931, la famille Hanigan donna le bois pour que les Courville (ouvriers de pères en fils), la façonne et lui donne l’apparence que nous lui connaissons. comme elle tombait en décrépitude, le conseil de fabrique de 2019, décida de la refaire comme à l'origine.
Pour la nouvelle croix, le bois de pin a été donné par « les Boisés Duval Inc. » (Jacinthe Béchard et Jean-Pierre Duval); sa fabrication fut exécutée par M. Yves Bolduc avec le support de sa conjointe, Mme Francine Caron. La mise en place a été effectuée par d’anciens marguilliers, des bienfaiteurs et bénévoles depuis maintes années ; particulièrement : Pierre-André Ouimet et Pierre Girard. Sans compter et nommer tous les autres bienfaiteurs qui nous ont facilité la tâche …
Nous retrouvons dans les registres paroissiaux cette résolution passé le 30 août 1931;
Résolution de la Croix de DesRivières; 30 août 1931. Ce trente août de l’An du Seigneur 1931, pour remémorer le souvenir de la première église bâtie en 1845 et du cimetière y attenant, avec le concours généreux des paroissiens de la paroisse Notre-Dame-des-Anges, nommément de la Famille Hanigan qui a fourni le bois nécessaire, de la Famille J Courville qui l’a préparée et de l’agrément de tous; nous prêtre curé, soussigné, avons érigé et béni une magnifique croix sur l’emplacement du dit cimetière attenant à la dite église avec toutes les solennités d’usage et en présence d’une foule considérable de fidèles de la paroisse et des paroisses environnantes. Le Révérend Père XavierMarie, franciscain du couvent de Sorel, a donné le sermon de circonstance à l’occasion d’un Triduum aux tertiaires; le marguillier responsable Hormisdas Renaud s’est occupé activement des travaux ainsi que plusieurs autres paroissiens de bonne volonté. Mgr. F.Z. Decelles eut pour agréable d’accorder 50 jours d’indulgences à quiconque saluerait pieusement cette croix : « In Memoriam » « Ô Crux Ave » « Spes Unica » A.M.D.G. Et j’ai signé : J.L. Charbonneau Prêtre Curé N.B. « Cette croix fut projetée par une résolution du 20 octobre 1906 du temps de M. Laurence. »

